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18 avril 2014
Gaelle Sogliuzzo (LP Beaumont, Redon)

Professeurs documentalistes : nouveau document support de l’inspection

Depuis la rentrée 2013-14, les inspections de professeurs documentalistes dans l’académie de Rennes sont menées sur la base d’un nouveau document de cadrage, intitulé « guide d’accompagnement », et qui vient remplacer le précédent « Projet documentaire : éléments de cadrage » en vigueur jusqu’alors. L’ADBEN Bretagne a pu se procurer ce document, qui n’a pas été publié sur les pages académiques, et n’a fait l’objet d’aucune communication en direction du terrain, en dehors des collègues directement concernés par l’inspection cette année. Nous le mettons à la disposition des collègues dans le volet ci-contre, augmenté d’un document comparatif plaçant en regard les versions 2013-14 et antérieure. Nous vous en proposons également une première lecture collective, synthétisant les remarques et questions des collègues, adhérents ou non de l’association, ayant souhaité nous en faire part depuis la rentrée de septembre.

Le nouveau document utilisé par l’inspection EVS est plus détaillé et plus dense que le précédent ; mais il peut aussi être perçu comme un cadre sensiblement moins ouvert, et plus orienté.

Un recentrage fort a été opéré sur la question du projet d’établissement et de la politique documentaire, objets d’un premier axe qui vient remplacer les blocs de question n°1 et n°2 de l’ancienne version, relatifs aux caractéristiques de l’établissement et à celles des élèves accueillis (acquis, difficultés…).

Parallèlement, il n’existe plus de question spécifique sur le projet documentaire (projet de service ou projet CDI), qui parait « soluble dans la politique documentaire » : le bloc n°4 de l’ancienne version, portant sur l’activité documentaire, et le bloc n°5 portant sur le projet documentaire, disparaissent au profit d’un « rapport d’activité » présenté au chef d’établissement. Sans doute peut-on supposer que le projet documentaire soit éventuellement intégrable en tant que tel dans les documents demandé en axe 1, mais son absence de visibilité concrète est malgré tout gênante.

Le bloc de questions n°6 sur le parcours personnel de professeur documentaliste visité est lui-aussi ôté, probablement dans une logique de cohérence d’ensemble puisqu’il était effectivement redondant avec la fiche de renseignements individuelle.

Il ne reste, en somme, du document d’inspection précédent que le contenu du bloc de questions n°3 « ressources de l’établissement au service de la politique documentaire », renommé en « le CDI et le professeur documentaliste » et décliné en plusieurs sous-intitulés distincts. A ceux déjà présents auparavant (Personnels / Lieux et espaces / Fonds et politique d’acquisition) s’ajoutent à présent deux nouveaux points : l’ « Accès » et les « Services documentaires ». Ces ajouts, ainsi que le contenu détaillé de l’ensemble de l’axe « le CDI et le professeur documentaliste », ne sont pas sans rappeler une terminologie et une logique empruntées au modèle des 3C (amplitude d’ouverture, services, tutoriels…), bien que le mot ne soit pas cité… quoi qu’il en soit, la vision développée ici semble presque plus proche de la bibliothèque universitaire que du CDI, par bien des aspects.

On note d’autre part, dans le nouveau « guide d’accompagnement », une présence très forte du numérique, présence cohérente avec les dernières publications institutionnelles sur la question ; mais la spécificité du professeur documentaliste sur ce dossier semble presqu’exclusivement gestionnaire : sont ainsi largement abordés les ressources, le matériel et les services… Quant aux ressources, de nombreux collègues remarquent d’ailleurs que plus aucune question ne porte sur la culture ou la lecture, autrement que par le biais de la politique documentaire et de la politique d’acquisition.

Sur cette question du numérique, une autre remarque émerge de manière forte : au regard des grandes disparités de dotations existant d’un établissement à l’autre, des budgets en baisse, du problème récurrent de la maintenance des matériels comme de celui de la formation continue, le contenu des points énumérés dans le nouveau document d’inspection génère un sentiment de malaise, tant l’écart avec la réalité des infrastructures locales et les conditions d’exercice concrètes de la profession semble grand.

Dernier axe du Guide, un volet spécifique dédié à la formation des élèves apparait à présent, ce qui peut représenter une avancée vis-à-vis de l’ancien document. Cependant, dans la circulaire de missions de 86 comme dans le nouveau référentiel de compétences professionnelles de Juillet 2014 , cet axe de mission occupe la première position et donne leur cohérence d’ensemble aux autres… De plus, le détail du contenu de cet axe « La formation des élèves » interroge à plusieurs égards.
Ainsi, la formation à la recherche documentaire, l’EMI (éducation aux médias et à l’information) et la culture numérique sont successivement mentionnées, mais leurs contours semblent flous, et elles paraissent comprises comme totalement distinctes les unes des autres, là ou l’on serait en droit d’attendre une certaine articulation, une cohérence… que les notions info-documentaires, absentes au profit de seules compétences, pourraient justement apporter.

Il n’y a pas de mention de parcours, ou de progression… mais la mention d’un « référentiel de compétences », qui relèverait du choix des établissements, dans une logique d’autonomie locale – quid, alors, de l’égalité des chances ? Enfin, le guide ne mentionne à aucun moment la collaboration avec les enseignants de disciplines qui, si elle n’est pas la seule modalité de notre intervention auprès des élèves, en constitue tout de même une part importante.

Pointons pour finir la disparition de la mention spécifique à laquelle beaucoup de collègues tenaient : « Compte tenu de l’importance que nous accordons à la fonction d’enseignement, il sera systématiquement demandé (jusqu’au 7e échelon inclus) une séquence pédagogique avec élèves. ». L’inspection peut-elle donc éventuellement se dérouler à présent sans observation d’une séance pédagogique ? Quelle forme peut-elle alors prendre ? Les premières remontées de terrain formulées par nos collègues inspectés cette année font de surcroit apparaitre une disparité sensible, selon l’inspecteur responsable (ou le chef d’établissement chargé de mission d’inspection, comme cela semble être le cas dans le Finistère), concernant les attendus de l’inspection, en particulier sur cette question de la présentation d’une séance pédagogique. Au-delà, la conception même de ce qui constitue l’axe pédagogique de la mission du professeur documentaliste ne semble pas harmonisée…

De manière générale, le contenu et la structure du nouveau « Guide d’accompagnement » ne montrent pas de réelle prise en compte des éléments spécifiques apportés par la loi d’orientation et le référentiel de compétences professionnelles, en ce qui concerne le professeur documentaliste. Cette prise en compte aurait pu permettre, au-delà de la refonte du document d’inspection, la construction d’un plan académique de formation adapté et ambitieux, ce qui, cette année encore, n’a pas été le cas…

D’autre part, l’absence de communication de la part de la cellule EVS en direction des collègues de terrain, en particulier en ce qui concerne la conception du métier portée par la nouvelle équipe et, par suite, les modalités et attentes des inspections menées, pose problème.

Ces questions et remarques constituent une interprétation du document support de l’inspection et de la manière dont il est exploité en situation, et elles sont naturellement ouvertes au débat et aux échanges. Mais elles rendent à nouveau urgente, de manière indiscutable, la nécessité de la mise en place d’une réelle communication de la cellule EVS en direction de tous collègues, et l’ADBEN réaffirme ici, une fois encore, son souhait de reconstruire le dialogue avec les interlocuteurs qui la constituent.

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